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mercredi 18 avril 2012

YVON KADER: PREMIERE REUSSIE

- TOURS-

" Yvon Kader " une réelle émotion théâtrale


Hier soir, salle Jean de Ockeghem, la compagnie Coucou la fourmi présentait pour la 1ère fois, leur nouvelle création, « Yvon Kader des oreilles à la lune », un texte de Jean Pierre Cannet et mis en scène par Abel Pires.

Le propos a priori simple, un enfant en voie « d'adultage », trisomique, nous fait partager ses difficultés, ses impossibilités, ses souhaits, ses désirs, ses envies et même ses rires. Le propos prend vite cependant une dimension existentielle troublante, celle qui au quotidien est passée le plus souvent sous silence sous nos yeux embués par la norme. En effet comment imaginer, l'amour, le joie, le plaisir, l'amitié au sein de cette différence sociale et génétique.

Jean Pierre Cannet construisant son propos de manière chronologique fait lumière sur une série de mouvements de vie, desquels surgissent autour d'Yvon Kader, campé par Sylvain Galène, une troublante galerie de personnages issus des sphères concentriques qui entourent le jeune et ses particularités.

Abel Pires a fait choix d'offrir aux spectateurs l'alcôve des pensées d'Yvon Kader tout en matérialisant les scènes de vie dans un décor épuré d'où jailli le trône siège, "tas" mimétique sur lequel l'adolescent aime à se reposer, regarder la télé dormir et rêver à tous ses souhaits, bruits explosifs de sa jeunesse endolorie. Et tout cela fonctionne, les couleurs des destins nous parviennent sensibles et dégarnies des caricatures sociétales.

Sylvain Galène est émouvant à souhait, il joue sa composition comme un enfant qu'il n'est plus, mais qu'il parvient à faire naître à chaque instant du jeu. Autour de lui, ses parents et son frère, Nathalie Phelion, Johnny Pires et Julien Gachaud, donnent une résonnance au drame, par leur impuissance, leur incompréhension et parfois leurs maladresses affectives.

Julien Gachaud est aussi le copain, Rirou, compagnon de route et des attaques de diligences au carrefour de l'IME. Il touche comme un au revoir impossible!

Au rayon des impossibles habite l'amour, d'abord avec cette petite fille, habitée par Marine Bonvin, cruelle mais pardonnable car incapable d'aller voir au delà du mur des certitudes. Et puis Mimi, l'éducatrice, qu'Yvon voudrait tant prendre en amour, mais elle ne peut donner que l'aide, l'affection et l'écoute. Laetitia Chevet nous offre ce personnage avec une réelle justesse et beaucoup de tact scénique. C'est elle aussi qui négocie le "stage" avec le directeur du magasin interprété par Sébastien Chevereau, plus vrai que la nature de son masque blanc ou de son kleenex tendu, pour que le stagiaire ne se mouche pas devant les clients.

Sa caissière Josiane qui aligne les articles, comme une chaîne de production, fait ce qu'elle peut, mais les sacs plastiques ne s'ouvrent pas entre les doigts du jeune mongolien. Alison Pires, qui a également composée les beaux accompagnements musicaux, joue cette caissière et la femme dans le métro. Elle nous tend à chaque apparition, une partition juste et réelle.

Et pour parfaire ce compost existentiel, comment passer sous silence la symbolique de Noël, omniprésente, comme pour affirmer que le sort des uns, intrus coloré du sapin de la joie, heurte souvent le sort des autres, en plaçant au sommet de l’arbre la lune nourricière en guise d’étoile, peut-être aussi pour que son père Noël ou son père Laden dans un dernier élan de générosité, fasse exploser toutes ces existences en quête d’un recommencement meilleur.

· Représentations à venir : Langeais, Eglise de St Laurent, Samedi 21 Avril, 20h30

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